Résumé et mots-clés de l'article de Julie Marquer, « Les lettres du Sage de Grenade à Pierre Ier de Castille (1350-1369) : un cas hybride »

 

Julie Marquer,
« Les lettres du Sage de Grenade à Pierre Ier de Castille (1350-1369) : un cas hybride »
The Letters of the Wise Man of Granada to Peter I of Castile (1350-1369): a hybrid case

 

Résumé : Quittons la France pour l’Espagne du XIVe siècle. Cette étude examine les lettres qu’un certain Benahatin, Sage musulman de Grenade, aurait écrites au roi de Castille Pierre Ier, pour lui donner de bons conseils de gouvernement et le mettre en garde contre son inconduite. Après examen des pièces du dossier, elle en déduit qu’il s’agit d’une « forgerie » pure et simple, de lettres de propagande destinées à justifier, a posteriori, le meurtre de Pierre Ier par Henri de Trastamare, qui a usurpé son trône. Pour cela, le faussaire utilise une technique qu’illustreront plus tard les Lettres Persanes, mais déjà bien connue à cette époque : porter un regard (prétendument) extérieur sur sa propre société, pour mieux la critiquer. Mais qui pourrait être l’auteur de ce « faux miroir des princes » ? Il fallait nécessairement que ce fût un homme savant, connaissant assez l’arabe pour le pasticher, et proche des Trastamare. Mme Marquer se rallie finalement à l’hypothèse qui voit en lui Ibn Zarzār, un « médecin et astrologue juif, polyglotte et imprégné de culture arabe ».

Abstract : Let's leave France for 14th century Spain. This study examines the letters that a certain Benahatin, a wise Muslim sage from Granada, is said to have written to the Castilian king Peter I, to give him good government advice and warn him against his misconduct. After examining the documents in the file, it concludes that they are pure and simple "forgery", propaganda letters intended to justify, afterwards, the murder of Peter I by Henry of Trastamare, who usurped his throne. To do so, the forger used a technique that would later be illustrated in the Lettres Persanes, but which was already well known at the time: to take an (allegedly) outside look at his own society, in order to criticize it better. But who could be the author of this "false mirror of the princes"? It had to be a learned man, knowing enough Arabic to pastich it, and close to the Trastamare. This study finally agrees with the hypothesis that sees in him Ibn Zarzār, a "Jewish doctor and astrologer, polyglot and imbued with Arabic culture".

Keywords : Epistolary literature, Granada, Peter I of Castile, Spanish Middle Ages.