La relation épistolaire de Juste Lipse et Francisco de Quevedo : un lien maître-disciple au sein de querelles religieuses, politiques et philologiques



La relation épistolaire de Juste Lipse et Francisco de Quevedo : 
un lien maître-disciple au sein de querelles religieuses,
politiques et philologiques

 

Rafaèle Audoubert (MCF Littératures et Civilisations hispaniques)
— IHRIM UMR 5317, Université Jean Monnet Saint-Étienne

 

     Le mouvement humaniste s’est adossé en Europe à une pratique récurrente de la correspondance, qui ne s’est pas épuisée au tournant des XVIe-XVIIe siècles, et dont Juste Lipse comme Francisco de Quevedo ont tous deux été familiers. Lipse a correspondu avec nombre d’auteurs espagnols (Lupercio Leonardo de Argensola, Sebastián de Covarrubias…) et l’ensemble de sa correspondance aujourd’hui publiée n’occupe pas moins de huit volumes[1]. Quant à Quevedo, on conserve de lui environ deux cents lettres, écrites essentiellement à des hommes politiques de son temps, depuis les rois Philippe III et Philippe IV d’Espagne ou Louis XIII de France, en passant, entre autres, par les Duc de Lerme et d’Osuna, le Comte-Duc d’Olivares. La relation épistolaire a pu aussi ponctuellement donner naissance à un rapport plus spécifique, particulièrement dissymétrique à de nombreux points de vue : la relation maître-disciple. Fondée sur la reconnaissance du maître par le disciple, sur l’admiration, elle peut également impliquer un enjeu de parenté spirituelle et même atteindre une dimension d’amour extrême, si l’on pense aux exemples de Socrate et Alcibiade ou d’Abélard et Héloïse. Elle est enfin ce qu’Albert Camus nomme « cette soumission enthousiaste[2] », qui joue un rôle essentiel dans la transmission du savoir et dans la construction des individus. Sans aller toujours jusque-là, elle est fondée sur l’attente du disciple envers son maître, de qui il entend apprendre, et sur l’idée que le maître conforte son autorité par cette relation. Éventuellement, la relation peut se projeter dans un futur plus ou moins proche, dans lequel on imagine que le maître apprendra de son disciple, lorsque le disciple aura dépassé le maître. Réfléchir sur la relation épistolaire entre le célèbre humaniste flamand et le grand poète espagnol implique d’envisager ce lien maître-disciple, en présentant les lettres et quelques indications biographiques et historiques, avant d’aborder les points de tension entre les deux hommes, notamment dans le cadre de la Guerre des Flandres. Néanmoins, force est de constater que cette correspondance est l’expression, malgré tout, d’une communauté d’idées essentielles.


[1] GERLO Aloïs, NAUWELAERTS Marcel Augustijn, VERVLIET Hendrick D.L., SUÉ Sylvette, PEETERS Hugo, DE LANDTSHEER Jeanine, KLUYSKENS Jacques, PAPY Jan, Iusti Lipsi Epistolae, Louvain, Peeters Publishers, 1978-2012.

[2] Dans sa préface à Les Îles de Jean Grenier, Paris, Gallimard, NRF, 1959 (première édition sans cette préface en 1933).

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Jusqu’à présent j’ai voulu connaître ta renommée et ta piété. 
(Quevedo à Lipse, lettre 1)

Famam adhuc velem, & pietatem tuam cognoscere

     Afin de mieux comprendre la relation épistolaire qui a uni un temps Juste Lipse et Francisco de Quevedo, considérons d’abord les textes, leur fortune éditoriale et critique et leur place dans l’époque. Les lettres échangées par Lipse et Quevedo sont au nombre de quatre : nous reviendrons plus avant sur ce chiffre ; elles se trouvent publiées à Leyde, en latin, dès le début du XVIIIe siècle[3]. Au début du XXe siècle, Luis Astrana Marín les publie à nouveau, en Espagne cette fois, d’abord dans les œuvres complètes de Quevedo en 1932, puis dans un recueil de sa correspondance en 1946[4]. Elles deviennent alors un peu plus familières pour la critique, qui toutefois ne se penche guère sur leur étude précise, les mentionnant simplement de façon ponctuelle comme référent bibliographique ou pour étayer une argumentation concernant l’idéologie de l’auteur. Parmi les travaux les plus importants sur ce sujet, il convient néanmoins de citer l’article du même critique, accompagnant la publication des œuvres complètes du poète : « Personnalité de Juste Lipse et ses relations avec don Francisco de Quevedo[5] ». L’orientation de l’article est clairement bibliographique et propose certaines interprétations qui peuvent aujourd’hui sembler peu satisfaisantes, notamment en ce qui concerne la fin de cette correspondance[6]. Cependant, il s’agit du premier travail sur la question, et sa profondeur d’ensemble porte bien la marque de l’érudition du grand maître qu’est L. Astrana Marín. Il faut aussi souligner l’article de María Rosa Lida de Malkiel, « Sur Quevedo, Lipse et les Scaliger », où elle aborde ces lettres sous l’angle biographique, dans le cadre de la relation entre les deux hommes et des querelles savantes de l’époque[7]. L’ensemble de cet échange épistolaire est ensuite traduit en espagnol par Alejandro Ramírez à la fin des années 1960 dans le cadre d’un ouvrage sur la correspondance entre Juste Lipse et les Espagnols[8]. Il demeure alors isolé en termes d’intérêt général de la critique pour ce sujet.


[3] Sylloges epistolarum a viris illustribus scriptarum. Tomi quinque collecti et digesti per Petrum Burmannum, Leidae, apud Samuelem Luchtmans, 1724-1727.

[4] Francisco de Quevedo y Villegas, Obras completas, Obra en prosa, Madrid, Aguilar, 1932 et Epistolario completo de Don Francisco de Quevedo y Villegas, Madrid, Instituto Editorial Reus, 1946 (éditions de référence pour le texte latin dans ce travail).

[5] « Personalidad de Justo Lipsio y sus relaciones con don Francisco de Quevedo » in Francisco DE QUEVEDO, Obras completas, Apéndice 1°, II, Madrid, 1932, p. 1171-1180.

[6] L’échange s’achève le 25 janvier 1605. L. Astrana Marín propose comme interprétation de cette fin de l’échange la mort de Juste Lipse, qui s’éteint le 23 mars 1606, soit plus d’un an après avoir écrit sa dernière lettre à Quevedo et alors que les lettres précédentes sont espacées de deux mois au maximum. Voir plus loin sur ce point.

[7] « De Quevedo, Lipsio y los Escalígeros » in Letras Hispánicas, Estudios, esquemas, México y Buenos Aires, 1958, p. 157-162.

[8] Epistolario de Justo Lipsio y los españoles (1577- 1606), Madrid, Editorial Castalia, 1966.

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     À partir des années 1980, de façon encore ponctuelle, puis au tournant du siècle de manière un peu plus récurrente, une partie de la critique semble à nouveau s’intéresser à ces textes, comme c’est le cas de Raimundo Lida dans « Quevedo dans ses lettres » (1981)[9] puis de Pablo Jauralde Pou qui les mentionne dans son grand ouvrage bibliographique Francisco de Quevedo (1998)[10]. Lía Schwartz offre un travail plus fondamental sur le sujet, envisagé sous l’angle de l’explication de la satire quévédienne (2000)[11], et il faut enfin signaler l’article de Francisca Moya et Elena Gallego (2010)[12], qui proposent de revenir en détail sur la raison explicite de l’adresse épistolaire de Quevedo à Lipse : soumettre au savant flamand sa propre interprétation d’une difficulté de traduction soulignée par Lipse chez l’auteur latin Arnobe. Mentionnons également la réédition de ces lettres en 2000, par Vicente Roncero López, sans modification du texte ni de la traduction, dans un texte sur l’humanisme de Quevedo[13]. L’aspect tardif et très mesuré de la critique pour cet échange entre les deux grands hommes semble donc laisser place à un intérêt nouveau, mettant en évidence un vide que notre travail s’efforcera de combler.

     La relation épistolaire entre Juste Lipse et Francisco de Quevedo est d’emblée placée par ce dernier sous le signe du lien maître-disciple, thème introductif de l’échange, ce qui n’est guère surprenant sous la plume d’un jeune poète cherchant à instaurer un dialogue avec l’un des plus grands érudits de son époque. C’est plus particulièrement de reconnaissance qu’il est question, derrière les compliments un peu convenus que Quevedo adresse à Lipse dans sa première lettre et l’admiration est explicite : « Phoenix aetatis » (« phénix de notre temps »), « lynceus » (« lynx », pour son discernement et comme jeu sur la paronymie en latin de « Lipsius » / « linceus »).

     Le jeune âge tout relatif de l’Espagnol (24 à 25 ans pendant cette correspondance) par rapport au Flamand (57 à 58) favorise, par ailleurs, l’établissement d’une parenté spirituelle. Enfin, s’il ne saurait être question ici de la même forme d’amour que celle qui unit Héloïse et Abélard, l’amitié apparaît clairement sous la plume du Flamand, qui l’envisage sous son propre point de vue : « novum mihi amicum » (Lipse à Quevedo, lettre 2) et sous celui de Quevedo : « O litteras tuas & amicas » (« Quelle lettre amicale que la tienne ! », Lipse à Quevedo, lettre 4). Quant à l’attente du disciple, elle est clairement exprimée :

[…] famam adhuc velem, & pietatem tuam cognoscere : & ideo has tibi litteras mitto, quibus nil, praeter candidum amorem, niveamque solicitudinem polliceor. (« Jusqu’à présent j’ai voulu connaître ta renommée et ta piété, et c’est pourquoi je t’envoie cette lettre, qui ne contient que pure affection et sincère sollicitude », Quevedo à Lipse, lettre 1).


[9] « Quevedo en sus cartas » in Prosas de Quevedo, Barcelona, Crítica, 1981, p. 18-40.

[10] Francisco de Quevedo 1580-1645, Madrid, Castalia, 1998, p. 153-158.

[11] « Justo Lipsio en Quevedo: neoestoicismo, política y sátira » in Encuentros en Flandes, eds. Werner Thomas y Robert A. Verdonk, Louvain, Presses Universitaires de Louvain, 2000.

[12] « Quevedo, Lipsius y Arnobius, Adversus Gentes 2.67 » in Calamus Renascens, Revista de Humanismo y tradición clásica, Universidad de Cádiz, Alcañiz, Teruel, Cádiz, II, 2010, p. 119-140.

[13] El Humanismo de Quevedo: Filología e Historia, Pamplona, Eunsa (Anejos de la Perinola, 6), 2000.

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Implicitement, l’autorité de Juste Lipse se trouve confortée par la démarche de Francisco de Quevedo ; quant à la question de savoir si le disciple finira par dépasser le maître, cette étude ne saurait la trancher mais il est certain que les lettres ainsi échangées sont celles de deux des plus importants érudits au tournant des deux siècles. Juste Lipse est alors l’un des plus grands lettrés de son temps, admiré et réclamé à leur cour par tous les rois d’Europe : Henri IV le voudrait auprès de lui, Philippe II d’Espagne en avait fait son chroniqueur (mais Juste Lipse avait choisi de demeurer à Louvain), et le Pape Clément VIII l’appelle à Rome. Ses traités, De la Constance (Leyde, 1583) et Les Politiques (Lyon, 1598) connaissent une très large diffusion, tout comme ses éditions de Tacite (Anvers, 1588) et de Sénèque (Anvers, 1605). C’est que ce Flamand, né en 1547 et formé chez les Jésuites, puis sensibilisé aux idées de Calvin et de Luther jusqu’à choisir la religion réformée en 1579, a à nouveau adopté la religion catholique, à Mayence, en 1591, lors d’une conversion publique. On le dit très dévot de la Vierge Marie, des images miraculeuses, et il est ce qu’on pourrait appeler « l’antiprotestant qui voit dans l’adhésion à l’Espagne, peuple élu, l’unique salut du monde[14] ». Pour Quevedo, jeune écrivain de 24 ans alors, encore étudiant en théologie, auteur de divers écrits mais connu surtout pour ses œuvres jocosas (satiriques, comiques, ponctuellement grotesques), correspondre avec ce grand maître, c’est acquérir le respect des cercles intellectuels « sérieux » et s’inscrire dans la lignée d’un humanisme chrétien et catholique, dont il est nourri. Comme Lipse, Quevedo lit en particulier avec passion Sénèque, il le traduit, l’éditera plus tard, et l’échange épistolaire entre les deux hommes a toute sa place dans la construction et la diffusion du stoïcisme chrétien à cette époque.

     L’érudition est donc centrale pour cet échange, mais le besoin de flatter et d’être flatté l’est sans doute autant. Écrire à Lipse, c’est inscrire sa renommée dans son siècle, un privilège que Quevedo n’octroie qu’à lui seul, le Flamand revêtant pour l’Espagnol, jeune encore, toute l’importance d’un maître. Ce lien marquera à jamais Quevedo, aussi bien dans son œuvre et sa pensée que dans la façon dont il sera perçu, puisque, bien après la mort de Lipse, Lope de Vega célébrera Quevedo en ces termes : « Lipsio de España en prosa / y Juvenal en verso[15] ». Qu’on ne s’y trompe pas cependant : la représentation ainsi construite de Quevedo, celle que Lía Schwartz qualifie d’image d’« humaniste érudit aux sympathies néostoïciennes[16] », est bien construite par le poète espagnol, volontairement, notamment dès sa jeunesse à travers sa quête de l’amitié grâce à la correspondance avec Juste Lipse.

     Quevedo prend donc le parti de Lipse dans sa dispute contre ses ennemis intellectuels, Jules César et Joseph Juste Scaliger, qui d’ailleurs avait repris la chaire laissée vacante par Lipse en 1593 à l’Université de Leyde. Rappelons que, si la polémique avait été lancée dès 1561 par le père, Jules César Scaliger, avec la publication à Lyon de sa célèbre Poétique, la dispute a atteint ensuite une très grande ampleur avec la diffusion de cette œuvre et la défense de ces idées par le fils, Joseph Juste Scaliger. Ainsi, en 1604-1605, défendre Homère contre Virgile, à rebours des propos des Scaliger, Muret, Mercator, ou Baronio, c’est défendre une certaine vision de l’érudition et de la philologie. Il s’agit notamment pour Lipse, comme pour Quevedo, mais aussi pour d’autres auteurs tels que Saavedra Fajardo, d’affirmer la supériorité ou la valeur morale et littéraire d’Anacréon, d’Épicure, des stoïciens et surtout de Sénèque. Au panthéon de leur Olympe littéraire figurent également les « Espagnols » que sont Martial, Lucain et Quintilien. Car cette querelle est bien à comprendre comme une entreprise patriote pour Quevedo : il reproche à celui qu’il appelle dans son Epicteto y Phocílides (1635) « le vil Scaliger » d’être un « homme de bonnes lettres et de mauvaise foi, dont la science et la doctrine se limitèrent à savoir mourir plus mal qu’il n’a[vait] vécu, [et à] dire du mal de Quintilien, Lucain et Sénèque », et qualifie Muret de « jacasseur français » et le critique ainsi :

En comparant son Véronais Catulle à Martial l’Espagnol, et à Virgile le Mantouan Lucain le Cordouan, il ne dit pas, dans un esprit transparent, que ce sont à ses yeux les meilleurs poètes, mais, dans une entreprise de blasphème éhonté, il traite Lucain d’ignorant, et Martial de bouffon, de ridicule et de sale, simplement parce qu’ils sont espagnols[17].

     Dans son œuvre España defendida, écrite entre 1609 et 1612, Quevedo reviendra de façon beaucoup plus approfondie sur cette querelle, en écho à la première prise de position perceptible dans ces lettres. Dans ce premier temps qui nous occupe, le but explicite du jeune Quevedo qui s’adresse au maître Juste Lipse est simplement « famam, & pietatem tuam cognoscere » (« connaître ta renommée et ta piété »), son but sous-jacent étant de construire lui-même, ce faisant, sa propre renommée. 


[14] LIDA DE MALKIEL María Rosa, « De Quevedo, Lipsio… », loc. cit. (traduction personnelle).

[15] El Laurel de Apolo, 1630.

[16] « Justo Lipsio en Quevedo: neoestoicismo, política y sátira », loc.cit.

[17] « […] vi a Josefo Escalígero por Holanda, hombre de buenas letras y de mala fe, cuya ciencia y doctrina se cifró en saber morir peor que vivió, decir mal de Quintiliano, Lucano y Séneca y llamarlos "pingues isti cordubenses", y a Mureto, un charlatán francés […]. Dice, pues, en el prólogo, comparando con su veronés Catulo a Marcial español, y con Virgilio mantuano a Lucano el cordobés, no con pureza, que son sus poetas mejores, sino, blasfemo y desvergonzado, trata a Lucano de ignorante, y a Marcial de bufón, de ridículo y sucio, solo por español » in Quevedo, España defendida [1609-1612], in Obras completas, Prosa, edición de Buendía, F., Madrid, Aguilar, 1958, p. 489-490. On trouve en effet cette critique chez Muret : Catullus et in eum commentarius, Venise, Paul Manuce, 1554. Voir le texte in MURET, Marc-Antoine, Juvenilia, édition de LEROUX, Virginie, Genève, Droz, 2009, p. 407 et ss. et LIDA DE MALKIEL, M. R., « De Quevedo, Lipsio y los Escalígeros », loc. cit. (« Quevedo contra la filología herética. Su espada por Lucano y Séneca, españoles, y por el casi español Justo Lipsio. Quevedo valentón de las letras patrias y de todos aquellos que en público las admiren y celebren »).

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Vous êtes victimes de la guerre. Nous de l’oisiveté, et de l’ignorance.
(Quevedo à Lipse, lettre 3)

Des points de tension : « Vos belli praeda estis. Nos otii, et ignorantiae »

     La relation épistolaire entre Francisco de Quevedo et Juste Lipse, si elle est marquée par nombre d’intérêts communs aux deux hommes, porte aussi le sceau d’une certaine dissonance, philologique notamment. À la fin de sa première lettre à Lipse, Quevedo prétend apporter un éclairage au sujet d’un texte d’Arnobe considéré comme difficile : le « nodus Arnobii », signalé par Lipse dans De Vesta et sur lequel butent les érudits d’alors. Malgré la requête insistante de Quevedo, Lipse ne lui répond pas sur ce point, sans aucun doute car la supposée trouvaille de l’Espagnol ne convainc pas du tout le Flamand.

     La difficulté porte sur ces mots d’Arnobe, qui souligne les rites que les Romains auraient abandonnés à tort :

Numquid magistratus per populum creatis ? […] In potestatibus obeundis leges conservatis annarias ? […] In penetralibus Vestae ignis perpetuos fovetis focos ? (« Est-ce que vous élisez les magistrats à travers le peuple ? […] Est-ce que dans l’exercice du pouvoir vous conservez les lois annaires qui doivent être observées ? […] Est-ce qu’au fond de vos maisons vous entretenez les foyers toujours actifs du feu de Vesta ? », Arnobe, Adversus gentes, II, 67).

Le problème porte sur le feu de Vesta : notre traduction, en accord avec l’interprétation proposée à partir de 1651 par Claude Saumaise[18], rend le latin « penetralibus » par « le fond de vos maisons », alors qu’avant le milieu du XVIIe siècle le terme était compris comme « le sanctuaire » (de Vesta, donc). Cette lecture soulevait une question : si le texte d’Arnobe se lisait ainsi : « Est-ce que dans le sanctuaire de Vesta vous entretenez les foyers toujours actifs du feu de la déesse ? », pourquoi se demander si dans le temple de Vesta on conserve le feu dédié à cette divinité ? C’est le « nodus » que souligne Lipse dans son ouvrage.

     Pour Quevedo, il s’agit là d’une incitation à ne plus rendre ce culte dans ce sanctuaire même. Le jeune Espagnol explique en effet :

[…] non negat perpetuos servari focos, sed servari in penetralibus Vestae (« il [Arnobe] ne nie pas qu’il faille constamment entretenir le feu mais qu’il faille le faire dans le sanctuaire de Vesta », Quevedo à Lipse, lettre 1).

Cette interprétation peut surprendre : comment imaginer qu’Arnobe critique les Romains pour rendre un culte à la divinité dans le temple même qui lui est dédié ? Les citations (en partie inexactes) que fait Quevedo du texte latin le montrent : l’Espagnol s’est vraisemblablement précipité pour écrire à Lipse au sujet de cette difficulté, voyant là l’occasion à saisir pour entamer une correspondance avec le maître. Lipse ne lui répondra jamais sur ce point, signifiant ainsi son désaccord total sur la question. Le Flamand ne mettra en effet qu’un peu plus d’un mois à répondre à Quevedo, mais, alors que ce dernier lui demandait : « Rescribes pro tua humanitate, & de nodo candidum, vel nigrum calculum amo » (Réécris-moi, au nom de ton humanité, et j’accepterai ta réponse à ce sujet, qu’elle me soit favorable ou contraire), aucune mention de ce « nodus » n’apparaît dans la seconde lettre de l’échange. Lipse répond pourtant, même brièvement, à la question soulevée par Quevedo au sujet d’un passage de Lucain dans une autre lettre, la troisième de l’échange. Il souligne alors « sagaciter inquiris » (tu l’analyses avec sagacité), preuve s’il en faut que l’absence de réponse sur Arnobe était bien une manifestation de désaccord.

     Un autre point de désaccord entre les deux hommes pourrait être la guerre qui ravage alors les Flandres. L’Espagne tente en effet de s’opposer aux velléités d’indépendance des princes flamands, en ravageant le territoire par de nombreuses batailles. Dans la péninsule, cette guerre soulève une polémique : trop coûteuse en vies humaines, gouffre financier, elle est une source de critiques du pouvoir royal. Lipse aussi, dans la deuxième lettre de l’échange, se prononce contre cette guerre qu’il désigne comme « mala nostra » (« nos maux »), mais il souligne également son poids pour l’Espagne : « opes ac miles vester hic exhauriuntur aut consumuntur » (ici vos richesses et vos soldats s’épuisent et se consument).


[18] Voir sur ce point et au sujet du nodus Arnobii MOYA, F. y GALLEGO, E. « Quevedo, Lipsius y Arnobius, Adversus Gentes 2.67 », loc. cit.

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     Il rappelle enfin les propos de Catulle sur Troie : « Commune sepulchrum Europae Asiaeque » (le tombeau commun de l’Europe et de l’Asie). Cette guerre est un fléau, mais l’adversaire militaire n’en est pas pour autant à blâmer, au contraire, il faut souhaiter la fin du conflit, en soulignant éventuellement au passage la grandeur des forces en présence : « ad annis jam pene quadraginta florem militiae ab Europa advocat et consumit » (depuis presque quarante ans déjà elle réunit et consume la fleur des soldats européens). Quevedo répond en reconnaissant les souffrances matérielles liées à la guerre sur le territoire flamand mais en faisant ressortir parallèlement la douleur morale et intellectuelle des Espagnols :

Vos belli praeda estis. Nos otii et ignorantiae. Ibi miles noster, opesque consumuntur. Hic nos consumimur : et desunt qui verba faciant, non qui dent. Viduo pede ambulant melioris notae viri : sed solamur. (« Vous êtes victimes de la guerre. Nous, de l’oisiveté et de l’ignorance. Là-bas nos soldats et nos richesses se consument. Ici nous nous consumons ; et on manque de gens qui mènent à bien des conseils, pas de gens qui en donnent. Les hommes les plus remarquables marchent d’un pas hésitant : mais nous en avons pris l’habitude »).

Les Espagnols réduits à un échec déshonorant seraient-ils plus à plaindre que les Flamands qui vivent la souffrance et les batailles ? Aux yeux de Quevedo, cela ne fait guère de doute : la guerre est ici un sujet d’orgueil national avant d’être une question de vie ou de mort quotidienne. Lipse ne revient pas sur ce parallèle entre les malheurs des Flandres et ceux de l’Espagne, et se prononce clairement en faveur de celle-ci, en célébrant, avant Vélasquez, la victoire espagnole, même partielle, ou en imaginant son triomphe. Rappelons ces mots :

[…] utinam felicius Marti ! O si Agamemnoni vestro Minerva cum suo Ulysse adsistat ! Vestrum, et nostrum sit bonum. (« […] fasse le Ciel qu’elle soit plus chanceuse avec Mars ! Ô si Minerve pouvait assister avec son Ulysse votre Agamemnon [c’est-à-dire Philippe III ou le duc de Lerme] ! Ce serait un bienfait pour nous et pour vous », Lipse à Quevedo, lettre 4).

Pour autant, le Flamand ne manque pas de relever l’erreur morale gravissime de l’Espagne, qui répète celle déjà signalée par Horace chez les Grecs, en butant sur un nouvel écueil, celui d’une poursuite excessive des richesses. Lipse écrit :

[…] hunc quoque enervant quae sileo, et unum, quod non pro vulgo efferam, opes : India capta ferum victorem cepit. Et illas nos minimus, fateor, et viros quoque vestros : quid negem ? (« Ces choses que je tais l’amollissent aussi, et une en particulier, que je ne mets pas en avant comme le fait le peuple, les richesses. Les Indes conquises conquirent leur farouche vainqueur. Et nous nous affaiblissons à cause d’elles, je l’avoue, et vos hommes également : pourquoi le nier ? »).

Lipse accuse certes les Espagnols, mais en partageant partiellement le poids de ce vice : le peuple, tant flamand qu’espagnol, est fasciné par les richesses, et ces dernières affaiblissent les deux pays en guerre. Lipse pouvait-il, dans le contexte de l’époque, éviter le sujet de ce conflit ? C’eût été probablement difficile ; cependant, c’est bien lui qui entame la discussion avec Quevedo sur ce thème et finit par prendre très clairement le parti de l’Espagne, faisant prévaloir d’une manière absolue la communauté d’idées et de culture sur toute considération patriotique. Cette question de la guerre des Flandres est un sujet délicat pour les deux hommes, un point de tension entre un Flamand, dont la terre d’origine est ravagée par la guerre, et un Espagnol qui n’y voit pratiquement qu’une question politique ; toutefois, la patrie de Lipse est avant tout celle des lettres, et il est de ce point de vue « presque espagnol », comme l’a écrit María Rosa Lida de Malkiel[19].


[19] « De Quevedo, Lipsio y los Escalígeros », loc. cit.

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     Dans cet échange épistolaire, les points de tension restent donc relativement dissimulés, passent au second plan derrière les déclarations d’admiration et d’amitié ; toutefois une question ne doit pas manquer de surgir : Lipse et Quevedo échangent quatre lettres seulement : pourquoi ? D’après L. Astrana Marín, qui a étudié ces textes dans les années 1930, « cette correspondance évolua paisiblement, au milieu de tant de tumultes et de contretemps, jusqu’à la mort de Lipse, qui vint y mettre fin[20] ». À y regarder de plus près, cette explication ne convainc guère : les deux premières lettres sont espacées de 36 jours, la deuxième et la troisième, de 43 jours, et les deux dernières de 64 jours. Les délais de réponse sont, il est vrai, de plus en plus longs, mais n’excèdent guère deux mois alors qu’il ne s’écoule pas moins d’un an et 57 jours entre la dernière lettre de Lipse le 25 janvier 1605 et la mort du maître à la fin de la nuit du 23 mars 1606. La nouvelle du décès de l’érudit devait encore parvenir à Quevedo, qui ignorait que son silence fût imputable à la mort. Un certain embarras devant des différends insolubles serait-il à l’origine de cette interruption ? Ou faudrait-il songer simplement à la lassitude ? Chacun aurait-il en fin de compte, à travers quatre lettres et quelques années, épuisé le bénéfice qu’il en escomptait en termes d’image de soi et de place dans les sphères intellectuelles du moment ? Difficile de trancher. Une seule chose est sûre, la raison précède la mort de Lipse.


veteris Hispaniae praeclaram estirpem
(« l’illustre lignage de la vieille Espagne », Lipse à Quevedo, lettre 4)

Une communauté d’idées

     De Lipse à Quevedo, des Flandres à l’Espagne, un lien se tisse au sein des déchirements de l’époque, malgré les oppositions politiques et peut-être grâce aux interrogations religieuses. L’attachement profond des deux hommes au stoïcisme chrétien est la base d’une communauté d’idées sur fond de querelle entre catholiques et protestants. Lipse et Quevedo partagent une vision commune du monde visible et du monde divin, et l’identité de chacun prend là toute son importance : pour Lipse, correspondre avec un érudit du pays champion de la foi catholique est une manière d’affirmer sa foi après sa conversion de 1591 ; pour Quevedo, échanger avec un catholique reconverti, après un passage par la religion réformée, conforte l’idée de la supériorité du catholicisme. Au-delà de la foi, le lien des deux hommes est aussi littéraire : Homère contre Virgile, Lipse contre Scaliger, atticisme contre cicéronisme… La critique espagnole n’hésite pas à parler d’une certaine forme de conceptisme chez Lipse : goût pour la formulation ingénieuse dans des tournures courtes, parallèles habiles dans un sermo humilis, style concentré[21].


[20] « La correspondencia se delizó apaciblemente, en medio de tantos tumultos y contratiempos, hasta el fallecimiento de Lipsio, que vino a truncarla » in « Personalidad de Justo Lipsio y sus relaciones con don Francisco de Quevedo », loc. cit. Au sujet de la mort de Juste Lipse, le même critique parle d’une attaque d’aliénation mentale (« enajenación mental ») le 18 mars 1606, ayant conduit à la mort tard dans la nuit du 23 mars de la même année. Il mentionne le morbus eruditorum, une maladie de mélancolie à mettre en lien avec l’inclination de Lipse pour la philosophie stoïcienne.

[21] On pense au De Constantia (1594). Voir aussi à ce sujet L. SCHWARTZ, « Justo Lipsio en Quevedo: neoestoicismo, política y sátira », loc. cit., et L. ASTRANA MARIN, « Personalidad de Justo Lipsio y sus relaciones con don Francisco de Quevedo », loc. cit.

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     Les deux hommes se retrouvent également dans leur intérêt commun pour l’art de la guerre chez les Anciens, ce qui n’est d’ailleurs pas un cas isolé à l’époque. Lipse publie en 1599 à Anvers un traité sur les fortifications et les machines de guerre de l’Antiquité romaine, le Poliorceticon sive de Machinis Tormentis Telis, et il est considéré par certains comme le fondateur de la théorie militaire à l’époque moderne[22]. Quevedo fait souvent référence aux grands généraux et aux grands empires de l’Antiquité, régulièrement vus comme des preuves de l’impermanence de la gloire. On pense notamment aux poèmes « Próvida dió Campania al gran Pompeo », « Lleva Mario el ejército… », « ¿Quién dijera a Cartago…[23] ». Pour l’un comme pour l’autre, l’Antiquité recèle des modèles dont il faut chercher à tirer des leçons. Le lien entre l’Espagne et le modèle antique se reconnaît d’ailleurs à des termes comme « Seneca vester » puis « noster » (lettres 2 et 3) et « veteris Hispaniae praeclaram estirpem » (lettre 4) : l’attirance des deux hommes pour une certaine Antiquité rejoint leur attachement à l’Espagne vue comme patrie et comme héritière de Martial, Lucain, Quintilien, Sénèque… Dans sa dernière lettre, Lipse glisse de l’antique Hispania à une vision plus large des Anciens, pour regretter la guerre à travers une sorte de centon, empruntant à Horace, Catulle, Stace et Homère :

          India capta ferum victorem cepit.
Et illas nos minuimus, fateor, & viros quoque vestros, quid negem ? Commune sepulchrum Europea sumus. O si Agamemnoni vestro Minerua cum suo Ulysse adsistat ! Vestrum, et nostrum sit bonum. Nunc :
          Excussae procerum mentes, turbataque mussant
          Consilia.
Et quod sequitur :
          O quanta Citheron
          Funera sanguineisque vadis Ismene notabis.
Haec fient, οὐ γὰρ ἀπείρητος μαντεύομαι, ἀλλ᾽ ἐὺ εἰδώς, fiant, &
          Currite ducentes subtegmina, currite, fusi[24].

La saturation des référents fait écho à « l’illustre lignage de la vieille Espagne » et construit une complicité intellectuelle basée sur une lignée qui concerne alors un territoire bien plus vaste.

     La relation épistolaire entre les deux hommes s’arrête après cette quatrième lettre de Juste Lipse, à la fin de laquelle il prend ainsi congé de Quevedo : « Nam amo te, et hic animo interiori indui, ὦ μέγα κῦδος Ἰβήρων » (« Car je t’apprécie, et je te porte au fond de mon âme, ô gloire des Espagnols[25] ! »). Cet éloge est fréquent chez Homère, où « gloire des Achéens » s’applique aussi bien à Nestor qu’à Ulysse, dans l’Iliade comme dans l’Odyssée[26]. Quevedo ouvrait l’échange par une citation d’Ovide, Lipse clôt cette lettre avec Homère, dans ce qui est un ultime signe d’entente, une ultime affirmation de la supériorité d’Homère sur Virgile au sein de la dispute avec les Scaliger. Lipse nomme Quevedo « gloire des Espagnols » et, ce faisant, il l’inscrit, et s’inscrit lui-même dans la lignée d’Homère plus que dans celle de Nestor ou d’Ulysse. Comme le dit Raimundo Lida, il ne s’agit pas tant d’affirmer que Quevedo est un nouveau Nestor ou un nouvel Ulysse que de placer les lettres sous le sceau d’une communauté d’idées et de lectures, représentée par Homère[27]. La gloire, pour Lipse et Quevedo, est celle d’appartenir à une même sphère intellectuelle, les nouveaux héros sont pour eux les lettrés et Troie est devenue la Belgique en guerre, les Flandres théâtre d’affrontements politiques et religieux, mais aussi toute l’Europe comme scène de conflits philologiques. Ces nouvelles cités de Troie tomberont-elles aux mains des ignorants, de ceux qui se mettent sur la voie de la religion réformée et de principes esthétiques jugés impropres ? C’est la perspective que tentent d’éloigner Quevedo et Lipse en affirmant leur foi, à travers cet échange, en des valeurs culturelles communes : le stoïcisme chrétien, l’atticisme, Martial, Lucain, Quintilien, Sénèque, Homère… , s’inscrivant à leur tour dans une postérité que chacun construit à travers cet échange.


[22] Voir les travaux de G. OESTREICH, notamment Antiker Geist und moderner Staat bei Justus Lipsius (1547 bis 1606), Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1989, et M. SENELLART : « Le stoïcisme dans la constitution de la pensée politique : les Politiques de Juste Lipse (1589) », in MOREAU P.-F., Le Stoïcisme au XVIe et au XVIIe siècle, Paris, Albin Michel, 1999, p. 117-139.

[23] Ces poèmes portent respectivement les numéros 41, 90, et 24 dans l’édition J. M. BLECUA, Poesía original completa, Barcelona, Planeta, 2004 (1971). D’autres valeurs communes apparaissent hors de ces lettres et du référent direct à l’Antiquité (contre l’hypocrisie et le mauvais usage du langage, contre l’ignorance et l’absence de réflexion du peuple, pour la monarchie…). Voir notamment le Somnium de Lipse et les Sueños de Quevedo, ainsi que l’article de P. ANDRES FERRER, « El Somnium de Lipsio y la rebelión de los personajes del refranero en el Sueño de la muerte de Quevedo », in Cuadernos de Filología Clásica. Estudios Latinos, Universidad Complutense de Madrid, 2013, 33, n° 1, p. 105-125.

[24] « Les Indes conquises conquirent leur farouche vainqueur [cf. Horace, « Graecia capta… » in Épîtres, II, 1, 156]. Et nous nous affaiblissons à cause d’elles [les richesses], je l’avoue, et vos hommes également : pourquoi le nier ? Nous sommes le tombeau commun de l’Europe [Catulle, Carmina, poème LXVIII : À Manlius]. Ô si Minerve pouvait assister avec son Ulysse votre Agamemnon ! Ce serait un bienfait pour nous et pour vous. Mais en réalité : les esprits des plus grands dirigeants sont ébranlés, et les Assemblées agitées grommellent [Stace, Thébaïde, III, 92]. Et ce qui en découle : Ô Cithéron combien de morts et toi Isménus combien de sang verras-tu [Stace, Thébaïde, II, 460]. C’est ce qui arrivera, car je ne conjecture pas sans expérience mais bien en toute compétence [Homère, Odyssée, II, 170], et en attendant que cela arrive, filez votre fil, Parques qui nous gouvernez, filez, sur votre fuseau [Catulle, Carmina, poème LXIV : Les Noces de Thétis et de Pelée] », (Lipse à Quevedo, lettre 4).

[25] En marge « o magnum decus Hispanorum ».

[26] « μέγα κῦδος Ἀχαιῶν » : Iliade, XIV, 42 (à Nestor) ; Odyssée, III, 79 (à Nestor) ; Odyssée, XII, 184 (à Ulysse).

[27] « Quevedo en sus cartas », loc. cit. : « el elogio no ha de tomarse al pie de la letra. Para Lipsio y para Quevedo, es ésa una hipérbole consciente, acompañada de una sonrisa de inteligencia, de complicidad entre compañeros de profesión avezados a unas mismas lecturas. El no ser una alabanza original, sino una cita, un eco, esas comillas que ocultamente lo acompañan, ese guiño de travesura, limitan del modo más precioso el elogio de Lipsio a Quevedo ».

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Pour citer cet article

Rafaèle Audoubert, « La relation épistolaire de Juste Lipse et Francisco de Quevedo : un lien maître-disciple au sein de querelles religieuses, politiques et philologiques », Cahiers du CELEC, n° 14, Relations épistolaires, sous la direction de Anne Martineau et Vito Avarello, 2020, https://voixcontemporaines.msh-lse.fr/node/162.