Les lettres du Sage de Grenade à Pierre Ier de Castille (1350-1369) : un cas hybride

 

Les lettres du Sage de Grenade à Pierre Ier de Castille (1350-1369) : 
un cas hybride

 

Julie Marquer (MCF Littérature hispanique)
— CIHAM UMR 5648, Université Claude Bernard Lyon 1

 

     Recourir à un personnage étranger pour critiquer sa propre société ou la vie politique de son pays est un procédé courant de la littérature épistolaire, l’exemple le plus connu étant bien évidemment les Lettres persanes de Montesquieu. Au Moyen Âge, dans la Péninsule ibérique, on a déjà des exemples de fausses chroniques ou de fausses lettres se donnant pour écrites par des Maures[1]. Leur regard (prétendument) extérieur est censé donner aux propos de l’auteur plus d’objectivité et donc plus de poids.

     Une telle intention apparaît dans les lettres qu’aurait écrites un certain Benahatin, sage musulman de Grenade, au roi de Castille Pierre Ier, vers la fin de son règne, en 1367 et 1369. Le personnage présenté comme étant l’auteur de ces lettres, Benahatin ou Benalhatib, selon les versions, s’inspire d’un personnage historique, Lisān al-Dīn Muḥammad Ibn al-Khaṭīb, vizir du sultan de Grenade Muḥammad V, et polygraphe renommé. Celui-ci a réellement eu des échanges avec le roi de Castille dont le règne se caractérise par une certaine proximité politique et culturelle avec le royaume de Grenade.

     Les deux lettres de Benahatin apparaissent dans la chronique royale écrite par Pedro López de Ayala. Celui-ci était au service du roi avant de passer dans le camp d’Henri de Trastamare, demi-frère ennemi du roi, qui, après avoir rallié la noblesse à sa cause et provoqué une guerre civile, a tué le roi en 1369 et s’est emparé du pouvoir. La chronique fait donc partie de ce qu’on appelle la propagande trastamare, destinée à montrer tous les méfaits du roi et donc à justifier a posteriori l’usurpation.

     Bien qu’Ayala présente ces lettres comme des documents authentiques, traduits de l’arabe, il s’agit de textes de propagande qui dressent un portrait à charge du roi. Dans la première lettre, le « sage musulman » adresse au roi des recommandations en matière de gouvernement et établit une liste des mauvais comportements, qui apparaissent comme une critique de la conduite de Pierre Ier. Dans la seconde lettre, le soi-disant Maure déchiffre, à la demande du roi, une prophétie du sage Merlin le concernant, et il prédit les conditions dans lesquelles va mourir le roi, « victime du châtiment divin ».

     Cependant, l’existence de deux versions antérieures à ces lettres, indépendantes de la chronique, empêche de les considérer comme une pure invention du chancelier Ayala. Il s’agit des versions du ms. Esp. 216 de la BNF et du ms. 9428 de la BNE. Les 3 versions ne diffèrent véritablement que par la forme, et la version du ms. 216 a été considérée par Moure comme la version primitive et une traduction directe de l’arabe en raison du grand nombre d’arabismes et de décalques de structures arabes[2]. Moure ne pense pas pour autant qu’Ibn al-Khaṭīb en soit l’auteur, il pense qu’il y a bien eu un original arabe forgé comme élément de propagande trastamare et qu’il aurait été émis dans une communauté arabe ou bien qu’il aurait été écrit par un juif arabisé, puisque l’on trouve aussi des structures imitées de l’hébreu[3].


[1] On peut penser à la fausse chronique du Cid qu’aurait écrite un certain Ben Alfaray ou encore à la supposée lettre du roi du Maroc que les chevaliers de Jaén lisent à la fête morisque organisée pour célébrer la Noël de l’année 1463, CATALAN Diego, « Crónicas generales y cantares de gesta. El Mio Cid de Alfonso X y el del Pseudo Ben-Alfaraŷ », Hispanic Review, 31, 1963, p. 195-215 et p. 291-306, réédition augmentée, « El Mio Cid de Alfonso X y el del pseudo Ibn al-Faraŷ », in El Cid en la historia y en sus inventores, Madrid, Fundación Menéndez Pidal, 2002, p. 179-224 ; Hechos del Condestable Miguel Lucas de Iranzo, J. de MATA DE CARRIAZO (éd.), Madrid, Espasa-Calpe, 1940, p. 95-98.

[2] Cette version aurait subi des corrections et réélaborations formelles pour être intégrée à la chronique. Voir MOURE José Luis, « Sobre la autenticidad de la cartas de Benahatin en la Crónica de Pero López de Ayala : consideración filológica de un manuscrito inédito », Incipit, 3, 1983, p. 53-93, et, du même critique, « Otra versión independiente de las cartas del moro sabidor al rey Don Pedro. Consideraciones críticas y metodológicas », Incipit, 13, 1993, p. 70-85 ; ECHAABI Fatima, La Première Lettre du Maure de Grenade : Étude linguistique et sémiotique de deux versions d’un texte espagnol médiéval, 1988, Université Paris 3, Michel Launay (dir.). Les deux lettres du ms. Esp. 216 de Paris ont été publiées par José Luis MOURE dans Incipit 3, 1983, p. 185-196 et par Michel GARCIA, « [Texto 1] Primera carta del moro benalhatib al rey don Pedro », Atalaya [En ligne], 10 | 1999, consulté le 1er mai 2017. URL : http://atalaya.revues.org/629 ; du même auteur, « [Texto 2] Segunda carta del moro benalhatib al rey don Pedro », Atalaya [En ligne], 10 | 1999, consulté le 1er mai 2017. URL : http://atalaya.revues.org/633. Nous nous référons à cette dernière version pour les citations.

[3] MOURE J. L., « Sobre la autenticidad de la cartas… », loc. cit., p. 80.

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     Nous ne partageons qu’en partie cette hypothèse. Nous pensons, certes, que ces lettres ont été élaborées par la propagande trastamare, mais ne voyons pas quel intérêt les ennemis de Pierre Ier auraient eu à faire écrire une lettre en arabe pour la traduire ensuite de façon maladroite, d’autant plus que les communautés musulmanes étaient alliées à Pierre Ier. À notre avis, il s’agit d’une forgerie qui feint de traduire de manière littérale des structures de l’arabe (les tournures linguistiques sont assez faciles à imiter[4]), et qui s’inspire d’éléments plus ou moins vraisemblables quant à la relation entre Pierre Ier et Ibn al-Khaṭīb, pour mieux dénoncer les travers du roi par l’intermédiaire d’un faux miroir des princes.

     Ces lettres se situent donc à la frontière de la fiction et de la réalité. Elles sont présentées comme une correspondance historique, diplomatique, mais elles s’apparentent davantage au genre littéraire du miroir des princes avec maintes références à la littérature sapientiale de l’époque ou au genre prophétique. De plus, la relation entre expéditeur et destinataire se trouve complexifiée et instrumentalisée puisque ces lettres sont des textes de propagande destinés à convaincre le lecteur de l’illégitimité de Pierre Ier. Cette nature hybride se retrouve aussi dans le style linguistique et dans les références culturelles, pour ce qui est de la version du ms. Esp. 216 où l’on trouve une grande présence de tournures imitées de la culture et de la langue arabes.

     Notre article va tâcher de montrer que le caractère hybride de cette correspondance provient de ce qu’elle est le résultat d’un pastiche, mais aussi le reflet du creuset culturel que constituait la Péninsule ibérique au XIVe siècle.

 

Une volonté de faire passer ces lettres pour un document historique

     La première version des lettres se trouve dans le ms. Esp. 216 de la BNF, qui réunit des textes traitant d’événements marquants de l’histoire de la Castille, de l’Aragon et de la France. Selon Michel Garcia, il s’agit là de matériaux bruts ayant été réélaborés pour être intégrés dans des chroniques historiques[5]. Cela témoigne de la volonté de leur auteur de les faire passer pour un document authentique, notamment en instrumentalisant de façon vraisemblable la figure du vizir et sa relation avec Pierre Ier.

 

Le roi de Castille et le vizir de Grenade : une relation attestée par des sources arabes

     Ibn al-Khaṭīb lui-même écrit avoir conseillé Pierre Ier au moins à deux reprises. Dans un extrait du Kitāb A‛māl al a‛lām, il raconte comment le roi castillan lui envoya son émissaire Abraham Ibn Zarzār à l’Alhambra afin de le consulter au sujet d’une lettre écrite par le sultan mérinide Abū Zayyān Muḥammad[6]. Ces conseils, qui concernent les relations diplomatiques entre la Castille et le Maghreb, sont surtout l’occasion pour le vizir de donner une petite leçon au roi chrétien qui se plaint de l’ingratitude du Mérinide à qui il a apporté son aide.

     Puis, dans un extrait de Al-Iḥāṭa fī akhbāri Ġarnāṭa, une chronique du royaume de Grenade, Ibn al-Khaṭīb déclare avoir donné des conseils à Pierre Ier, affligé par la guerre civile dans son royaume. Il s’agit de conseils pratiques, stratégiques. Il l’exhorte tout d’abord à la méfiance et à la prudence, tant vis-à-vis de son peuple que des partisans de son demi-frère. Il lui recommande également de trouver un refuge pour y cacher son fils et ses trésors. Mais le vizir avoue ensuite la véritable raison de son initiative : diviser les chrétiens pour que la guerre civile gagne leur terre. En effet, si les chrétiens se font la guerre entre eux, cela épargne les musulmans qui peuvent ainsi profiter de la discorde pour récupérer des terres[7].


[4] Sur ce point voir notre article, « La figura de Ibn al Jatīb como consejero de Pedro I de Castilla, entre ficción y realidad », e-Spania [En ligne], 12 | décembre 2011, http://e-spania.revues.org/20900.

[5] « Introducción », Atalaya [En ligne], 10 | 1999, consulté le 1er mai 2017. URL : http://atalaya.revues.org/625, § 5.

[6] IBN AL-KHAṬĪB, Kitāb A‛māl al a‛lām, Histoire de l’Espagne musulmane, Évariste Lévi Provençal (éd.), Beyrouth, Dar al Makchouf, 1956, p. 333 ; ANTUÑA Melchor M., « Una versión árabe compendiada de la ‘Estoria de España’ de Alfonso el Sabio », Al Andalus, 1, (1), 1933, p. 105-154 ; MARQUER J., « La figura de Ibn al Jatīb como consejero… », loc. cit., § 32-47.

[7] IBN AL-KHAṬĪB, Iāa fī akhbāri Ġarnāa, Muḥammad ‛Abd Allah ‛Inan, (éd.), Le Caire, Al Tibaa Al misriyah co.press, 1973-1978, 2, p. 86 ; MARQUER J., « La figura de Ibn al Jatīb como consejero… », loc. cit., § 12-31.

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     Ces deux exemples témoignent donc des échanges entre Pierre Ier et Ibn al-Khaṭīb, et dans le deuxième exemple, il s’agit probablement d’un échange épistolaire, comme le laisse entendre le fait que le vizir ait argumenté en citant des histoires et des chroniques célèbres. Les archives diplomatiques de la couronne d’Aragon attestent en effet que l’Alhambra possédait un bureau ou atelier de traduction qui émettait les lettres en arabe, castillan et aragonais[8].

     Ces témoignages mettent aussi en avant le rôle de conseiller occasionnel du vizir. Cette relation privilégiée est liée à la proximité entre le royaume de Castille et le royaume de Grenade, son vassal. Mais il s’agit d’un conseiller un peu particulier puisque son but véritable dépasse le simple fait d’aider le roi chrétien. Il s’agit plutôt de faire en sorte que son conseil profite aux musulmans, le sultan du Maghreb dans le premier cas, et le royaume de Grenade dans le deuxième.

     Les lettres castillanes du Moro Benahatin s’inspirent donc de cette relation et celui qui les a forgées s’efforce de les faire passer pour authentiques en faisant allusion à cette relation et en inscrivant les documents dans un contexte historique réel.

 

Contexte et circonstances de rédaction des lettres

     Si l’on en croit l’introduction précédant la traduction (supposée) de la lettre, celle-ci serait une réponse envoyée par un certain Benalhatib, Maure de Grenade, au roi de Castille qui lui avait demandé conseil après la bataille de Nájera. C’est durant cette bataille qu’il vainquit son ennemi et demi-frère Henri, grâce à l’aide des Anglais. L’introduction précise également que le roi avait confiance en ce Maure qui était son ami, un grand sage, un grand philosophe et le propre conseiller du roi de Grenade. Elle annonce aussi que les lignes qui vont suivre sont une traduction[9]. Tous ces éléments sont destinés à renforcer le caractère vraisemblable du document.

     Les circonstances durant lesquelles les conseils sont demandés font aussi partie de ces arguments convaincants. Après la bataille de Nájera, le roi se trouve dans une situation délicate : les vaincus, partisans d’Henri, étaient ses propres sujets. Quant au véritable vainqueur, le Prince Noir, fils du roi d’Angleterre, il pouvait exiger ce qu’il voulait étant donné que le maintien de Pierre Ier sur le trône dépendait de lui. Aussi, pour l’aider à sortir de cette impasse, le sage lui conseille-t-il de se réconcilier avec son peuple et de se débarrasser des Anglais. Il s’agit de conseils pratiques, stratégiques et adaptés à une situation concrète pour que le roi se maintienne au pouvoir. Cela rappelle bien évidemment le type de conseil que donne Ibn al-Khaṭīb dans al-Iḥāṭa, à un Pierre Ier affligé par les tensions avec son demi-frère. Depuis le début de la lettre, on retrouve un élément essentiel qui apparaît dans les sources arabes : l’intérêt que le vizir et son maître le sultan de Grenade ont à ce que Pierre Ier reste en place.

     Le texte nous offre également un autre détail qui rappelle le personnage d’Ibn al-Khaṭīb tel qu’il nous apparaît dans ses écrits. Au début, il se plaint de ne pas avoir de temps pour ses travaux intellectuels en raison des charges qu’il occupe. Cette préoccupation revient dans les écrits d’Ibn al-Khaṭīb, qui déclare souvent souhaiter se retirer de la vie politique pour se consacrer à ses travaux[10].

     En ce qui concerne le contenu de la lettre, le pragmatisme de certains conseils pourrait également rappeler l’attitude et le ton du sage dans les sources arabes.


[8] D’après une lettre envoyée par Muḥammad V au roi d’Aragon, on sait que le sultan établissait des copies de ses correspondances en deux langues. Voir ALARCÓN Y SANTÓN Maximiliano Agustín et GARCÍA DE LINARES Ramón (éd.), Documentos árabes diplomáticos del Archivo de la Corona de Aragón, Madrid, Publicaciones de la Escuela de Estudios Árabes de Madrid y Granada, 1940, p. 411-415, et GARCÍA GÓMEZ Emilio, Cinco poetas musulmanes, biografías y estudios, Buenos Aires, Espasa Calpe S.A, 1944, p. 182.

[9] Il manque le début de la lettre dans les deux premières versions, mais nous pouvons deviner la façon dont elle commençait grâce à la chronique d’Ayala, puisque celle-ci se montre très fidèle au contenu des autres versions ; voir LÓPEZ DE AYALA p., op. cit., 2, p. 206.

[10] BENJAMAA ‛Abdelbaqui, Ibn al-Khaīb, homme de lettres et historien, thèse doctorale inédite, Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3, 1992, p. 372-373.

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Style, ton, posture de celui qui imite Ibn al-Khaṭīb

     Dans le premier point de la démonstration, le sage Benalhatib présente au roi une stratégie pour gagner à nouveau l’amour de son peuple : le tranquilliser, se montrer prodigue avec lui, se repentir du passé, agir avec justice pour tous[11]. L’objectif de cette stratégie pragmatique et cynique est avant tout de conserver le pouvoir. Il prévient également le souverain de ne pas se fier à son peuple tout comme dans le texte arabe de Al Iḥāṭa, mais il doit pourtant se réconcilier avec lui car il ne peut pas s’en passer. Pour illustrer l’idée très pragmatique selon laquelle il faut être souple et astucieux avec le peuple, le sage recourt à un exemple qui est une maxime arabe célèbre, sha‛rat Mu‛āwiya (le cheveu de Mu‛āwiya) :

E dixo otro sabidor sy ay entre mi y los omnes un cabello nuca se cortaria que quando ellos tirasen yo afloxaria. E quando ellos afloxasen yo tiraría[12].

     Selon plusieurs chercheurs, arabisants pour la plupart, qui considèrent ces lettres comme des documents authentiques, on retrouverait là non seulement la rhétorique d’Ibn al-Khaṭīb mais également sa conception politique, telle que l’importance de garder le pouvoir, ce qui justifie le recours à l’astuce et la dissimulation[13]. Selon Wadad al Qadi, ces lettres ne diffèrent pas beaucoup de certains traités politiques arabes qu’Ibn al-Khaṭīb a adaptés. La dimension pratique des conseils serait également un point commun avec l’attitude du vizir musulman.

     La coïncidence évoquée par certains arabisants entre la conception de la politique telle qu’elle est exprimée dans la lettre et telle qu’elle apparaît dans les écrits d’Ibn al-Khaṭīb pourrait être liée à la volonté de l’auteur d’imiter le style d’Ibn al-Khaṭīb. Mais cette attitude renvoie aussi à un mouvement assez général et répandu dans les cours de Castille et de Grenade. L’attitude du sage est finalement assez révélatrice d’une mentalité et d’une conception du politique largement partagée à l’époque[14].

     Après lui avoir présenté une stratégie concrète pour se réconcilier avec son peuple, Benalhatib avertit son interlocuteur des dangers du mauvais comportement des rois[15]. Il s’agit là d’une sorte de miroir qui reflète ce qu’il ne faut surtout pas faire pour un roi. Cette partie de la lettre est plus théorique, le locuteur utilise la forme impersonnelle comme s’il s’agissait d’un comportement général à suivre ou ne pas suivre. Cette particularité de la lettre pourrait correspondre à la tradition du ādāb sulṭāniyya ou ādāb al-mulūk, miroir des princes oriental dont le but n’est pas de peindre le portrait idéalisé du prince mais de faire en sorte qu’il corrige ses défauts[16]. Mais ici tel n’est pas le véritable but puisque le roi n’est pas le vrai destinataire de ces lettres. L’énonciation s’avère en effet complexe sur bien des aspects.


[11] GARCIA M., « [Texto 1] Primera carta del moro benalhatib al rey don Pedro », loc. cit., § 125-126 (59 r° et v°).

[12] « S’il n’y avait qu’un seul cheveu entre mes hommes et moi, il ne serait jamais rompu. Je le laisserais se détendre s’ils tiraient dessus, et je tirerais dessus moi-même s’ils le relâchaient », ibid., § 126. Le texte ne mentionne pas explicitement la référence, il ne donne pas le nom du sage qui aurait prononcé cette phrase mais il s’agit là d’une référence commune dans l’islam, Encyclopédie de l’Islam, LEWIS B., PELLAT C., SCHACHT J. (1re éd. 1965), Leiden, E. J. Brill/Paris, Maisonneuve et Larose, 2, 1977, article « Mu‛āwiya ».

[13] AL-‛ABBADI Ahmad Mujtar, El reino de Granada en la época de Muḥammad V, Madrid, Instituto de Estudios Islámicos de Madrid, 1973, p. 70 ; HOENERBACH Wilhem, « El historiador Ibn al-Jatib : Pueblo, Gobierno y Estado », Andalucía Islámica, 1, 1980, p. 43-63, p. 49 ; AL QADI Wadad, « Lisān al-Dīn Ibn al-Hatib on Politics », in La Signification du Bas-Moyen Âge dans l’histoire et la culture du monde musulman, Actes du 8e congrès de l’Union Européenne des Arabisants et Islamisants, Aix-en-Provence, Édisud, 1976, p. 205-217.

[14] C’est aussi ce que pense Michel GARCIA, El canciller Ayala : obra y personalidad, Madrid, Alhambra, 1983, p. 182.

[15] GARCIA M., « [Texto 1] Primera carta del moro benalhatib al rey don Pedro », loc. cit., § 127 (60 r°- 61r°).

[16] ABBÈS Makram, Islam et politique à l’âge classique, Paris, PUF, 2009, p. 58 ; MARQUER J., « La figura de Ibn al Jatīb como consejero… », loc. cit., § 92-93.

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Une énonciation complexe

Le véritable but de ces lettres : convaincre le lecteur des défauts du roi

     Nous avons vu que l’auteur n’est pas Ibn al-Khaṭīb, même s’il tente d’en imiter la posture et le style. En ce qui concerne le destinataire, il n’est pas non plus celui que les lettres présentent comme tel, le roi, puisqu’il s’agit en réalité de textes de propagande. Il s’agit donc de convaincre la cible de cette propagande des défauts du roi et de son incapacité à avoir écouté les conseils du sage[17].

     L’auteur de la première lettre se livre à une démonstration en cinq points, qui sont donc autant de défauts attribués à Pierre Ier : mépriser les hommes, convoiter les biens d’autrui, suivre les instincts du corps, bafouer la loi, et, enfin, faire preuve de cruauté et manquer de piété. Pour chaque point, le sage montre les conséquences désastreuses que ce comportement entraîne et il illustre ses enseignements par des anecdotes, proverbes, exempla bien connus, tirés pour la plupart de la littérature sapientiale castillane. Tous les exemples qui vont être évoqués dans ce faux miroir des princes, pour illustrer ce qu’un roi ne doit pas faire, apparaissent comme des réminiscences de références plus ou moins lointaines à cette littérature, comme nous le verrons dans la partie suivante. Ce patchwork est lié au fait que la lettre est construite de toutes pièces.

     Ainsi, dans l’introduction de la lettre, le sage compare l’effet de ses conseils à celui d’un médicament : bien qu’ils soient amers, ils feront du bien à qui les suivra. Il s’agit là d’un lieu commun de la littérature sapientale d’origine orientale qu’on trouve dans Bocados de oro ou Calila e Dimna : « On dit que les paroles du conseiller royal, quand on le sollicite, sont semblables au médicament amer qui chasse du corps une grande maladie[18] ». Mais comme le dit Ayala juste après avoir rapporté la première lettre dans sa chronique, le roi ne suivit pas ces conseils, ce qui lui attira des problèmes : « E el rrey don Pedro ouo esta carta e plogole con ella ; empero non se allego a las cosas en ellas contenidas, lo qual le touo grand dano. ». Cette idée est assez fréquente dans la propagande trastamare, de dire que le roi est responsable de sa propre perte en raison de son comportement déviant.

     La deuxième lettre n’est pas un miroir des princes mais l’élucidation d’une prophétie qui permet également de mettre en valeur les défauts du roi. Il y demande au sage d’interpréter une prophétie censée être extraite des livres de Merlin. Elle concerne le triste sort d’un oiseau noir qui serait né en Occident, entre les montagnes et la mer, et se caractériserait par un appétit et une cupidité débordants, qui le conduiraient à vomir tout ce qu’il aurait avalé, puis à perdre ses ailes et voir ses plumes se dessécher jusqu’à mourir enfermé dans la forêt[19].

     Le sage Benahatin va élucider chaque point de cette prophétie en montrant précisément en quoi les travers de l’oiseau noir ainsi que sa fin tragique peuvent s’appliquer à Pierre Ier. L’appétit de l’oiseau est clairement relié à la cupidité légendaire du roi, tandis que le fait qu’il perde ses ailes et que ses plumes se dessèchent est interprété par le sage comme une métaphore de la façon dont le roi gouverne et traite ses sujets. Les plumes et les ailes désignent l’aide et la protection que peuvent lui fournir les Grands mais ceux-ci vont l’abandonner en raison de sa conduite. Enfin, le sage révèle clairement les conditions de la mort du roi à Montiel, lieu anciennement désigné comme la forêt (« la selva »).


[17] Voir CARTELET Pénélope, « Les vices du roi dans les lettres de Benahatín : transformation et manipulation du miroir du prince », e-Spania [En ligne], 22 | octobre 2015, consulté le 28 avril 2017. URL : http://e-spania.revues.org/24891.

[18] LACARRA María Jesús, Cuentística medieval en España : los orígenes, Saragosse, Universidad de Zaragoza, 1979, p. 158.

[19] GARCIA M., « [Texto 2] Segunda carta del moro benalhatib », loc. cit., 62 v°.

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     Comme nous l’avons dit plus haut, le fait que cette lettre décrive les circonstances de la mort du roi montre qu’elle a été écrite après son décès (en 1369), et qu’elle vise donc a posteriori à le justifier. Encore une fois, le roi n’a pas suivi les conseils du sage en corrigeant son comportement pour éviter le sort qui lui était réservé[20].

     Cette fois, comme le montre Michel Garcia, cette prophétie reprend de façon plus ou moins libre plusieurs éléments présents dans le Livre du Roi Modus d’Henri de Ferrières (avant 1376), et dans la Chanson de Bertrand du Guesclin de Cuvelier (avant 1387), tout en maintenant la présence de l’imitation de l’arabe pour ce qui est de la version primitive. On constate plusieurs variations quant à la source dont cette prophétie s’inspire, ce qui montre que l’auteur a compilé différents topoi littéraires et les a mis au service de sa propagande[21].

     En revanche, dans la première lettre, les variations par rapport aux exemples connus sont plutôt des déformations qui semblent liées à un manque de maîtrise des exemples-types, comme si ceux-ci n’étaient pas des références culturelles familières à l’expéditeur, ou qu’il voulait le faire croire au lecteur. Le traitement de ces exemples reflète en tout cas la complexité de l’énonciation.

 

Écarts dans le réemploi des exempla : fruits d’une réelle divergence culturelle ou d’une volonté de la feindre ?

     Le point de vue de cette lettre est censé être celui d’un musulman de Grenade s’adressant à un chrétien castillan. Tous les exemples auxquels il va avoir recours dans la version primitive de la première lettre pour illustrer ce qu’un roi ne doit pas faire, apparaissent comme des réminiscences de références tirées de la littérature sapientiale castillane – elle-même d’origine arabe – de maximes arabes, de références à saint Isidore ou d’anecdotes typiquement castillanes. Les écarts et déformations de certains de ces exemples par rapport à leur original, ou parfois leur inadéquation avec l’idée qui veut être démontrée, pourraient être liés au point de vue adopté par l’auteur : se faire passer pour un Maure qui tente de prendre des exemples du répertoire de son interlocuteur afin que ceux-ci soient plus parlants.

     Nous analyserons deux exemples choisis par le sage pour illustrer le troisième défaut que le roi doit éviter : suivre les instincts du corps. Dans le premier exemple, il se sert de l’image du Christ pour montrer que le roi, en tant que lieutenant de Dieu sur terre, doit l’imiter. En effet, même lorsqu’il s’est incarné en la personne du Christ, le Dieu des chrétiens n’a point cédé à la tentation de la chair. Le roi doit donc faire de même :

E la peor de las cubdçias corporales es la luxuria […] que aun el tu dios que dizen por el los sabidores cristianos que se enbistio en forma de carne por saluar el humanal linage non fallaras omne que diga por el que mientre duro la humanidat que llego en este pecado. Pues el sabidor misericordioso deue trauagar por semegar al su dios que ya non cale dezir es Rey que es señor del pueblo e su lugar teniente en la tierra[22].


[20] Depuis son origine et surtout depuis sa récupération par Geoffroy de Monmouth au XIIe siècle, la prophetia ex eventu, artifice qui consiste à prédire des événements passés en les projetant dans le futur, sert à légitimer des changements politiques et des usurpations, voir ROUBAUD Sylvia, « La prophétie merlinienne en Espagne : des rois de Grande-Bretagne aux rois de Castille », in La Prophétie comme arme de guerre des pouvoirs, XVe- XVIIe siècles, REDONDO A. (dir.), Paris, Presses de la Sorbonne Nouvelle, 2000, p. 159-173 (p. 161) ; voir aussi dans le même volume, ROUSSEAU Isabelle, « Prophétie et réécriture de l’histoire dans les vaticinations de Merlin à Maître Antoine », p. 176-190 ; voir aussi GIMENO CASALDUERO Joaquín, « La profecía medieval en la literatura castellana y su relación con las corrientes proféticas europeas » in Estructura y diseño en la literatura castellana medieval, PORRÚA TURANZAS J. (dir.), Madrid, S.A, 1975, p. 103-141 ; TARRÉ J., « Las profecías del sabio Merlín y sus imitaciones », in Analecta Sacra Tarraconensia, 16, 1943, Barcelone, Balmesiana, p. 135-171.

[21] GARCIA M., « Textos 1 y 2 Cartas del Moro Benalhatib al rey don Pedro », Atalaya [En ligne], 10 | 1999, consulté le 01 mai 2017. URL : http://atalaya.revues.org/111, § 31 et sqq.

[22] Ibid., « [Texto 1] Primera carta del moro benalhatib al rey don Pedro », loc. cit., § 128 (60 v°).

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     Tout d’abord, il est surprenant qu’un correspondant censé être musulman parle du caractère divin de Jésus-Christ puisque l’islam le considère comme un prophète parmi les autres et ne croit pas que Dieu se soit incarné en lui. De plus, la manière de présenter cette leçon n’est pas très habituelle dans la tradition chrétienne. S’il est fréquent de dire que Dieu s’est fait homme pour sauver l’humanité de ses péchés, cela l’est beaucoup moins d’insister sur le fait qu’il n’a jamais cédé à la tentation de la luxure lorsqu’il était humain.

     Cet exemple pourrait certes renvoyer à la volonté du locuteur, qui feint d’être musulman, de choisir une référence chrétienne qui soit plus parlante pour son interlocuteur. Mais comme il n’est pas censé être chrétien, il la présente de façon peu habituelle. Cependant, cela semble assez retors.

     Concernant le deuxième exemple, le sage a recours à une célèbre anecdote pour illustrer les préjudices que la luxure a pu causer aux rois. Il s’agit de la légende du comte Julien, gouverneur de Ceuta, qui aurait autorisé les musulmans à pénétrer en Espagne en 711. Celui-ci désirait en effet se venger du roi wisigoth Rodrigue qui avait violé sa fille, la Cava. Le locuteur veut ici montrer que la luxure (le viol) a eu des conséquences désastreuses :

Los açidentes que han acaesçido alos Reys por causa de luxuria publicados son el mas propio el Rey alian que truxo los moros al andaluzia por la causa del topamiento que ouo con su fija[23].

     Cet exemple s’avère très curieux puisque, pour les musulmans, cet événement ne peut pas être considéré comme négatif puisqu’il leur a permis de traverser le Détroit et d’entrer dans la Péninsule. Là encore cette démarche pourrait correspondre à la volonté de prendre un exemple correspondant au point de vue d’un chrétien pour que le roi le comprenne mieux, mais cela reste surprenant. De plus, en commettant une confusion notable, l’exemple s’éloigne de la tradition légendaire. En effet, dans ce texte, Julien devient roi et on a l’impression que c’est lui qui a violé sa propre fille. La phrase « el mas propio el Rey alian que truxo los moros al andaluzia por la causa del topamiento que ouo con su fija » reste assez vague et peut s’interpréter de plusieurs façons étant donné que le terme « topamiento » est problématique. On peut le comprendre comme « un affrontement » et dans ce cas la phrase aurait le sens suivant : « [l’exemple] le plus approprié est celui du Roi Julien qui a amené les Maures en Andalousie à cause de l’affrontement qu’il a eu [ou qu’il y a eu] avec sa fille ». « Topamiento » pourrait aussi avoir le sens de « heurt » et dans ce cas Julien aurait permis aux Maures d’entrer en raison du heurt qu’il aurait ressenti après ce qui était arrivé à sa fille. Quoi qu’il en soit, les autres versions de la lettre ne commettent pas cette confusion et rectifient les faits en citant l’exemple du « comte Julien qui fit entrer les Maures en Andalousie à cause de ce que le roi fit à sa fille » :

E las ocasiones que acaesçieron a los rreyes por el forniçio publicos son. E una dellas fue quando el conde don Yllan metio los moros al Andalozia por lo que el rrey fizo a su fija[24].

     Le fait que la chronique d’Ayala corrige cette erreur montre, à notre avis, que ces écarts ne sont pas volontaires, ils ne sont finalement pas liés à un désir de feindre le point de vue d’un Maure pour faire couleur locale. Nous pensons plutôt que celui qui a forgé cette lettre a tiré beaucoup d’exemples communs à la littérature et aux légendes castillanes, ou à la religion chrétienne, dans l’idée de mieux toucher le public castillan, mais qu’il ne maîtrisait pas tout à fait ces références, ce qui a entraîné une légère variation.

 

Hypothèse sur l’identité de l’auteur

     Les aspects vraisemblables que présente la première lettre, tout aussi factice que la deuxième, nous incitent à penser qu’elle a été écrite par quelqu’un qui connaissait l’arabe, qui était au courant des relations entre le roi castillan et le vizir de Grenade, ainsi que du type de conseil qu’il avait l’habitude de lui donner. En effet, certains traits de ressemblance avec la figure d’Ibn al-Khaṭīb sont troublants.

     Bien que cela semble quelque peu stéréotypé, l’hypothèse selon laquelle l’auteur de ce document serait un juif polyglotte n’est pas totalement absurde. José Luis Moure, qui a montré, du point de vue linguistique, les traces d’hébreu contenues dans la lettre, suggère que l’auteur pourrait être Ibn Zarzār[25]. Un certain nombre d’autres éléments nous orientent vers la même hypothèse que Moure.


[23] Ibid.

[24] LÓPEZ DE AYALA P., op. cit., 2, p. 211.

[25] « Sobre la autenticidad de las cartas… », loc. cit., p. 80.

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     Abraham Ibn Zarzār était un médecin et astrologue juif, polyglotte et imprégné de culture arabe puisqu’il a exercé, à l’origine, aux cours de Grenade et de Fès. D’après les informations du sage et chroniqueur Ibn Khaldūn, il est passé au service du roi chrétien après la mort du vizir de Grenade Ridwān et la conspiration qui a eu lieu contre Muḥammad V en 1359.

     Ibn Zarzār n’était pas seulement médecin, il a également joué le rôle d’intermédiaire entre les cours de Grenade et de Castille. L’ambassade qu’il a réalisée pour Pierre Ier auprès d’Ibn al-Khaṭīb ainsi que le statut qui était le sien à la cour de Grenade ont pu amplement le renseigner sur les relations entre les deux personnages.

     D’autre part, on sait à quel point le médecin juif était versé dans l’astrologie et les prophéties. Dans le Livre des exemples, Ibn Khaldūn fait allusion à une prophétie dont lui aurait parlé Ibn Zarzār concernant l’arrivée de Tamerlan en l’an 784 (1382-1383)[26]. On sait également que la propagande trastamare lui prête ce rôle d’astrologue dans l’épisode où le roi Pierre lui reproche de l’avoir trompé en lui prédisant un rôle clé dans la Reconquête. La réponse que lui donne Ibn Zarzār rappelle quelque peu la position du sage élucidant la prophétie : c’est le roi qui par son comportement funeste est responsable de son propre sort[27].

     Il est aussi probable qu’après la mort de Pierre Ier il soit passé au service d’Henri II comme beaucoup d’autres juifs. D’ailleurs, on sait que le fils d’Abraham, Moïse Aben Zarzal était un des médecins d’Henri III et a rédigé un poème à l’occasion de la naissance du futur Jean II[28]. Bien que cela paraisse surprenant d’imaginer qu’Ibn Zarzār puisse avoir contribué à diffuser un texte contre celui qui l’avait accueilli à sa cour et qui avait fait de lui son conseiller et son médecin et, qui plus est, était reconnu comme un protecteur par les juifs[29], nous ne devons pas oublier que les courtisans passaient volontiers d’un parti à un autre en fonction de leurs intérêts. Ce fut peut-être le cas d’Ibn Zarzār à la mort de Pierre Ier.

     Les lettres du sage de Grenade à Pierre Ier constituent un document complexe et singulier en raison des différents brouillages qui les caractérisent. L’hésitation entre histoire et fiction, le jeu complexe de l’énonciation et le caractère hybride des références culturelles évoquées dans la version primitive rendent son analyse périlleuse.

     S’il est vrai que le personnage d’Ibn Zarzār, incarnation de l’entre-deux-cours et trujaman par excellence, semble parfaitement convenir comme auteur de ces lettres hybrides, celles-ci posent un problème qui dépasse la simple question de leur authenticité ou de leur « auteurité ».

     Ces lettres se présentent comme un paradigme de la circulation des cultures politiques avec toutes les réinterprétations que cela implique. La propagande exploite ici une figure censée renvoyer à l’aire culturelle de l’islam, le Maure de Grenade, mais en fin de compte celui-ci devient une sorte de modèle illustrant sa démonstration avec des références typiquement chrétiennes, castillanes ou occidentales qui alternent avec des exemples hérités de l’intégration de la littérature sapientiale arabe en Castille. Ce patchwork symbolise ainsi, de façon presque métonymique, le creuset culturel qu’est la Péninsule Ibérique au XIVe siècle.

     Finalement, on peut qualifier ces lettres d’hybrides parce qu’elles sont construites comme une marqueterie, c’est-à-dire qu’elles intègrent des éléments divers qui parfois ne « collent » pas tout à fait ou qui surprennent quand on les regarde de près mais qui, en fin de compte, servent bien le but poursuivi par leur auteur : accabler le roi Pierre Ier.


[26] Le Livre des Exemples. Autobiographie, Muqaddima, CHEDDADI A. (éd. et trad.), Paris, Gallimard, 2002, p. 236.

[27] RODRÍGUEZ DE CUENCA Juan, Suma de Reyes du Despensero, Jardin J.-P. (éd.), Les Livres d’e-Spania « Sources », 4, 2012, [En ligne], consulté le 08 juillet 2013. URL : http://e-spanialivres.revues.org/588, § 198.

[28] Ibid.

[29] Voir la dédicace que fait Sem Tob de Carrion au roi Pierre Ier dans ses Proverbios morales, SHEPARD S. (éd.), Madrid, Castalia, 1985. Voir aussi l’inscription en hébreu de la synagogue du Transit à Tolède qui d’ailleurs assimile curieusement le roi à un aigle aux énormes ailes, ROTH Cecil, « Las inscripciones históricas de la Sinagoga del Tránsito de Toledo », Sefarad, 8, 1, 1948, p. 3-22, p. 27.

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Pour citer cet article

Julie Marquer, « Les lettres du Sage de Grenade à Pierre Ier de Castille (1350-1369) :  un cas hybride », Cahiers du CELEC, n° 14, Relations épistolaires, sous la direction de Anne Martineau et Vito Avarello, 2020, https://voixcontemporaines.msh-lse.fr/node/160.